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image de tubes de peinture

Tout savoir sur l’huile de vos tubes de peinture

Connaissez-vous la composition de la peinture contenue dans vos tubes ?

Elle contient des pigments, de l’huile et parfois d’autres produits. Dans cet article, je vais vous parler de l’huile.

D’après vous, quelle huile est utilisée dans vos tubes ? Huile de lin ? d’œillette ? de noix ? De l’huile de carthame ou de poisson ? Vos tubes ne contiennent qu’une seule huile ou un mélange ? Huile crue ou cuite ?

 Cela n’a aucune importance me direz-vous?

Et bien si, cela peut avoir de l’importance. Chaque huile peut agir différemment sur votre tableau. Une huile de mauvaise qualité ou mal utilisée peut jouer sur le temps de séchage de vos couleurs et peut, en conséquence, provoquer de l’embu. Elle joue aussi sur la conservation de votre peinture dans le tube ou sur votre palette.

En fait, cela a surtout de l’importance si votre tableau contient plusieurs couches de peinture. Cela influe moins sur une peinture Alla prima.

Revenons aux différentes huiles que j’ai cité plus haut :

Les différentes huiles

L’huile de poisson

Huile de très mauvaise qualité qui n’est utilisée que pour arnaquer le client.

L’huile de carthame

Cette huile est de plus en plus utilisée, probablement parce que moins chère. Mais Xavier de Langlais  ne la recommande pas dans son livre intitulé ‘ La technique de la peinture à l’huile‘. Il semblerait qu’elle forme une pellicule dure et cassante peu recommandée en  peinture à l’huile.

L’huile d’œillette

Cette huile a un défaut et des avantages :

  • Défaut : Il lui faut beaucoup de temps pour ‘sécher’ ce qui est un gros handicape en peinture. D’après certains, cette huile ferait même poisser certaines couleurs indéfiniment. J’utilise l’huile d’œillette et je n’ai pas remarqué qu’elle faisait poisser mes couleurs.  Il est aussi vrai qu’en tant que débutante….. je n’ai pas assez de recul pour savoir si ma peinture va s’abîmer ou non.
  • Qualité : Et bien justement…. elle met plus de temps pour durcir et cela me permet de travailler comme je le souhaite car je suis débutante en peinture à l’huile et je suis très lente.  C’est aussi pour cette raison que cette huile est utilisée dans les tubes de peinture : le contenu des tubes s’abîme beaucoup moins ! Autre qualité : c’est une huile qui ne jaunit pas ou presque pas ! Elle est donc conseillée avec le blanc et surtout le blanc de plomb qui sèche très vite (mais interdit en France, si mes renseignements sont corrects).

 L’huile de lin

C’est l’huile la plus utilisée à l’heure actuelle  dans les médiums à peindre. Elle ‘sèche’ rapidement mais a un gros défaut : elle jaunit ! Cela n’a pas trop d’importance pour vos couleurs foncées mais par contre, c’est dommageable pour les couleurs claires. C’est la raison pour laquelle elle est peu employée dans les tubes pour ces couleurs ! J’ai un tube de peinture ‘Jaune de Naples’ qui contient de l’huile de lin couplée à de l’huile d’œillette pour limiter l’effet de jaunissement.

L’huile de noix

 Non, je vous rassure…. je ne me suis pas trompée entre un article sur l’art visuel et l’art culinaire, même s’ils utilisent tous les deux les principes de l’alchimie. L’huile de noix était très utilisée à l’époque de Jan Van Eyck. elle sèche rapidement est surtout correctement au niveau des couches. On ne l’utilise plus que rarement car on lui reproche de jaunir. En fait, cette huile était cuite et c’est seulement cuite que vous devez l’utiliser pour vos couleurs. Par contre, elle n’est jamais utilisée dans les tubes de peinture car elle est très siccative (sèche très vite) et ne convient pas pour les tubes de peinture en vente dans le commerce. Il faut dire que les anciens ne connaissaient pas du tout les tubes de peinture qui est une découverte récente. Les peintres broyaient eux mêmes leurs pigments et mettaient les pâtes de peinture dans des vessies d’animaux. Ils les utilisaient très rapidement pour ne pas qu’elles s’oxydent.

 Petite digression :

L’huile de noix est de plus en plus utilisez par les …. américains ! Ils ont compris que c’est en regardant ce que nos ancêtres ont fait de mieux que l’on peut progresser alors que nombre de français ne veulent pas regarder dans le passé pour s’améliorer. Ils ont donc oublié beaucoup du savoir-faire élémentaire de nos ancêtres et c’est très dommageable pour notre culture. Ne pas oublier qu’il n’y a pas de futur sans passé !

Huile pure ou en mélange

Comme je vous l’ai indiqué un peu plus haut, on peut trouver des mélanges d’huiles dans les tubes de peinture : cela ne pose pas de problème mais on fera attention que les inconvénients de l’un ne nuisent pas aux avantages de l’autre.

Huile crue ou cuite

Une huile cuite est plus siccative (jusqu’à deux fois plus) qu’une huile crue (sauf peut être pour l’huile polymérisée). Elle a aussi d’autres avantages  : Elle est plus brillante et plus visqueuse. Le fait d’être plus visqueuse fait qu’elle ‘s’arrondit’ d’avantage sous vos pinceaux et pour moi, c’est un plus !

On a vu qu’une plus grande siccativité est un inconvénient pour les commerçants, la peinture ayant une durée de vie plus courte dans le tube. Donc, pas d’huile cuite dans les tubes. Mais vous, peintres, c’est un gain très important pour ceux qui veulent faire de la peinture ‘à l’ancienne’. Deux solutions s’offrent à vous pour y remédier :

  • Vous achetez des tubes de peinture dans le commerce : je vous conseille vivement de ‘déshuiler’ votre pâte de peinture pour ensuite lui rajouter un autre agglutinant. Pour retirer un maximum d’huile de ma pâte de peinture, je la pose pendant un moment sur une feuille de papier non pelucheux qui va absorber l’huile. Normalement, une dizaine de minutes suffit. Ensuite il existe de nombreuses possibilités  pour réaliser votre propre mixture.
  • Vous achetez des pigments et vous broyez vous même vos couleurs en y ajoutant un agglutinant ! C’est long, pénible, mais très gratifiant parait-il !

Je tiens à mettre en garde mes lecteurs qui voudraient cuire eux-mêmes leurs huiles :

Cela peut être dangereux ! Les huiles doivent être cuites avec un minimum de précaution. Je ne vous conseille donc pas de les cuire vous même sans avoir pris les précautions d’usage et vous être bien renseignés. Vous n’essayez pas de faire des frites mais de créer un produit utile en peinture. Chaque huile a sa propre température d’ébullition et il vous faut le matériel adéquate. Vous risquez de mettre le feu si vous faites n’importe quoi !

En conclusion : Si vous voulez une plus grande siccativité de votre peinture. Si vous voulez réaliser des tableaux qui durent dans le temps. Si vous voulez une peinture plus brillante et qui s’arrondit mieux sous le pinceau : ne mettez pas d’huile crue dans votre pâte de peinture !

 Si vous avez des questions ou des précisions à apporter, n’hésitez pas, les commentaires sont là pour cela !

 

 

16 commentaires

  1. Bon ben s’il faut faire de la cuisine maintenant , nous ne sommes pas sorti de l’auberge !!! (Lol)
    C’est sûr qu’il est bon de savoir le cheminement de nos prédécesseurs , il m’est déjà arrivé de « rajouter » un peu d’huile de lin ou médium à peindre, ou d’œillette dans le but de donner encore plus de souplesse à ma peinture lorsque j’ai une bonne couche à étaler mais je dis qu’une peinture actuelle de bonne qualité en tube supporte les aléas du temps je n’ai pas assez de recul donc je ne parlerais pas en centaines d’années et réserver les premiers prix pour des études .  » ça n’engage que moi et ma manière de peindre ». avec le médium à peindre ça assoupli la peinture dans l’immédiat et ça siccative par la suite c’est un choix à faire lorsque les couches sont très fines .

    • En effet, tu as raison, tout est une question de durée dans le temps. Mais il est clair que beaucoup d’œuvres de peintres modernes s’abîment déjà à très grande vitesse. D’ailleurs, le problème de l’huile contenu dans les tubes n’est qu’une des causes de dégradation. Les problèmes de séchage des couches, du non respect du gras sur maigre, le vernis final appliqué trop tôt, etc.. sont d’autres causes.
      Si vous voulez raccourcir le temps de séchage de vos couches, vous allez utiliser des produits siccatifs qui sont à utiliser avec précautions. Pourquoi mélanger des produits siccatifs avec des produits qui ralentissent la durée de séchage ? : contradiction !

      Tu as aussi raison pour l’assouplissement de la peinture. Tout va dépendre de la couleur (certaines sont plus fluides que d’autres). On doit donc adapter l’agglutinant que l’on mélange aux pigments non pas par rapport à la durée de vie de la pâte de peinture mais bien par rapport à ce que l’on veut faire.

      Il est clair que cet article s’adresse à tous les peintres mais plus particulièrement à ceux qui veulent pratiquer une peinture dite ‘ancienne’ (avec des couches de glacis) et moins à ceux qui peignent Alla prima ou qui font de l’abstrait.

      Merci pour ton commentaire Claude86 🙂

  2. Bonjour Sandy, merci pour cet article très intéressant. Du coup je suis allée voir sur mes tubes de peinture quelle huile est utilisée comme liant, je le trouve sur certains tubes mais pas sur tous, toutes les marques ne les indique pas.

    • Bonjour,
      Je pense que la plupart des vendeurs sérieux pour peinture à l’huile des beaux-arts font de très bons produits. Le seul souci selon moi, c’est que l’on a remplacé de l’huile cuite par de lhuile crue. Cette huile crue met plus de temps de séchages.Je pense que c’est là que réside l’un des grands secrets des peintres anciennes.

      Ce remplacement d’huile crue au lieu de cuite, a été décidé justement pour que les peintures ne durcissent pas dans les tubes…

      Philippe

  3. Bonjour. Pour peindre, j’envisage d’utiliser comme médium le mélange : huile de noix cuite + essence de térébenthine. Est ce que c’est possible ? Cela fonctionne t’il ? Et si oui, comment, combien de temps et à quelle température faire cuire l’huile de noix ? Merci.!

    • Bonjour Pascal,

      Si tu veux utiliser l »huile de noix cuite, je pense que la meilleure solution est d’acheter le produit tout fait. L’huile est cuite de façon très sérieuse et destinée aux beaux-arts. Il y a peu de maisons sérieuses, mais je suis certain que tu trouveras facilement sur internet.

      • Bonjour Michiels,
        Justement non, impossible de trouver sur internet de l’huile de noix cuite… J’ai bien cherché ! Jamais trouvé. Si tu as un tuyau…
        Je la prépare donc moi même de la façon suivante : J’achète de l’huile de noix en supermarché, 100% huile de noix vierge, 1er pression à froid (rayon alimentation). Je la met dans une vieille casserole, sur une plaque électrique. Je la fais cuire doucement 3 à 4 heures à environ 120°C, sans jamais la faire bouillir donc. Je la laisse reposer dans une bouteille en verre blanc plusieurs semaines au soleil, elle va s’éclaircir.
        Ensuite je la mélange en diverses proportions avec de l’essence de térébenthine (règle du gras sur maigre), et cela me fait mon médium à peindre.
        Pour l’instant, cela fonctionne bien. Que penses-tu de mon système ?

  4. je découvre votre site en faisant des recherches sur la composition des peintures en tubes amusant non? et je le trouve très intéressant. Voilà qques décennies que je peins et que j’utilise les produits du commerce ; j’ai beaucoup travaillé au pastel avant de passer à l’huile. Je possède également dans ma bibliothèque qques ouvrages d’auteurs anciens qui décrivent des recettes ou des méthodes (Fromentin, Cennino Cennini, Alexender Crozen, P. F. Tingry, Théophile, Vinci et qques autres.) La lecture de ces ouvrages, aussi intéressants soient-ils, m’a appris à m’en méfier. Ces artistes vivaient à une époque où l’on découvrait le monde avec pour conséquence de nouveaux échanges commerciaux ; de nouvelles substances parvenaient en occident ainsi que des objets d’art et nos artistes étaient séduits par toutes ces résines, ces huiles, ces essences odorantes mais n’en connaissaient aucunement les caractéristiques chimiques. Si l’on ajoute qu’à l’époque l’espérance de vie des gens était relativement courte il fallait attendre trois ou quatre générations pour avoir des retours. Ensuite les résines qu’ils utilisaient s’étaient fossilisées durant des dizaines de millions d’années ; or l’utilisation forcenée qui s’ensuivi à fait que qques siècles plus tard il devenait difficile d’en trouver ouvrant la porte à toutes sortes d’escroqueries. Nombre de peintres croyant utiliser de l’ambre n’utilisaient que du copal et c’est pour cette même raison qu’aujourd’hui je me méfie de la qualité des produits qui nous sont proposés par des épiciers plus soucieux à faire du chiffre. De plus l’atmosphère de cette époque n’était pas polluée comme l’est la notre ; leurs intérieurs ne libéraient pas de solvants comme les notre. Cependant depuis qques mois je me suis mis à fabriquer des panneaux à peindre (en cerisier débités par mes soins)avec l’intention de les couvrir selon les techniques anciennes tout en gardant présent à l’esprit ce que je viens de vous expliquer. Pour terminer je vous indiquerais cet excellent ouvrage qu’est le « Dictionnaire des matériaux du peintre » de François Pérégo Editions Belin 2005 . Gardez votre enthousiasme mais ne considérez pas ces recettes comme des talismans. Bon courage

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